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L’ Argent Sans Odeur !

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Le président français débute une visite au Qatar.

Que gagne vraiment la France à cette relation aux contours troubles ?

L’émirat a annoncé disposer de 120 milliards de dollars à investir dans le monde, une manne dont la France aimerait capter une partie.
Après le fonds pour les banlieues, la prise de contrôle du PSG, le rachat d’hôtels de luxe et des droits de diffusion télévisuels, le financement de l’UOIF, etc., comment analyser la présence financière du Qatar en France ?

Doit-on rechercher des intentions cachées derrière les investissements en apparence généreux de l’émirat dans notre pays ? Lesquelles ?

Karim Sader : 
Il convient d’abord de tordre le cou au cliché qui concerne la prétendue « générosité » des Qataris.
L’Émirat est loin d’être la « vache à lait » pour des économies occidentales en pleine crise.
Bien au contraire, le contexte de crise est une aubaine pour un Qatar affichant une croissance économique insolente et qui se voit accueilli à bras ouvert en Europe pour des placements attractifs.
D’autre part, en ce qui concerne la France, la part des investissements qataris y demeure bien inférieure qu’en Allemagne ou bien au Royaume-Uni où l’émirat investit deux fois plus que dans l’Hexagone.
En ce qui concerne les réelles intentions de Doha il faut là aussi nuancer un certain nombre de fantasmes qui entourent l’investissement qatarien.
Il est en effet courant de prêter aux placements qatariens un certain nombre de velléités hégémoniques.
Or, comme je l’ai déjà dit, la boulimie financière du Qatar émane avant tout d’un sentiment de vulnérabilité
(position géopolitique, faible démographie,…) qui le pousse à investir hors de ses modestes frontières.

Je concentrerais en revanche mes réserves sur le volet diplomatique.
Le partenariat privilégié qui s’est noué entre Paris et Doha – « essentiellement sous le mandat de Nicolas Sarkozy » – dans le cadre de la « nouvelle politique arabe » de la France est, à mon sens, une erreur stratégique.
En faisant de l’Émirat le partenaire incontournable de la diplomatie hexagonale dans les grands dossiers chauds de la région, Paris a fini par fâcher un certain nombre d’alliés dans la région, à commencer par l’Arabie saoudite et les Émirats, rompant le traditionnel équilibre qui caractérise la politique étrangère de la France au Moyen Orient.
Sans compter que l’issue des « Printemps arabes » a révélé l’agenda panislamique du Qatar dans la région, soutenant activement l’émergence des pouvoirs issus des Frères musulmans.
Haoues Seniguer :
Tout acteur social, qu’il soit individuel ou collectif, est mû par des intérêts, des stratégies ou des intentions, conscientes ou non. Ainsi, le Qatar recherche, par le truchement de ses investissements économiques ou financiers, des gratifications symboliques et/ou matérielles.
Naturellement, à cette aune, l’émirat n’est certainement pas désintéressé, par exemple quand il finance, en France ou ailleurs, des édifices religieux, des groupes ou organisations, dans une espèce de logique du don et du contre-don.
Qu’est-ce à dire ?
 Il provoque, notamment auprès de ceux qui bénéficient de ses largesses, une reconnaissance qui peut aller jusqu’à la mise en sommeil de la réflexion critique de certains de nos concitoyens musulmans à l’endroit de la nature réelle du Qatar, qui est une dictature oligarchique qui diffuse une vision de l’islam qui est tout sauf libérale.

Le Qatar est aujourd’hui le principal bailleur de fond d’une nébuleuse associée aux Frères musulmans.
Plutôt que d’encourager la vision d’un islam piétiste et spirituel, le Qatar ne va-t-il pas de la même manière appuyer en France le modèle d’un islam-étendard revendicatif ?
N’y-a-t-il pas là un risque de captation de l’islam de France (déclinable au pluriel et qui reste à définir) au profit d’une vision politisée de celui-ci ?

Karim Sader :
Il faut éviter de tels raccourcis.
Certes, le Qatar de par son système politique – une monarchie autoritaire – et son idéologie – le « wahhabisme », doctrine rigoriste de l’islam sunnite – est aux antipodes du modèle républicain et laïque que la France s’efforce de véhiculer.
Mais s’ils appuient ouvertement les mouvements islamistes au Moyen Orient, les Qataris se montrent extrêmement prudent dès lors qu’il est question de l’Islam en France.
Conscients qu’il s’agit là d’un sujet très sensible en France – surtout depuis la controverse suscitée par leur projet d’investissement dans les banlieues –, ils ont bien compris que toutes velléités religieuses pouvaient avoir un impact catastrophique pour leur image, ceux à quoi les Qataris accordent une très grande importance.
Je pense que le Qatar veut incarner aujourd’hui un nouveau pôle d’attraction de l’Islam du XXIe siècle capable de concurrencer l’Arabie saoudite dans ses prétentions islamiques.
Cette ambition aurait notamment pour vocation à attirer les ressources humaines issues de l’immigration arabo-musulmane en Occident.
Ceci aurait l’avantage de pallier le déficit démographique du Qatar, véritable talon d’Achille du minuscule émirat en quête de rayonnement.
Quant à la question concernant les liens entre le Qatar et l’islam de France, je pense qu’il s’agit là d’un débat qui dépasse de loin la seule présence de l’Émirat dans l’Hexagone.
Dans un contexte de mondialisation qui remet clairement en cause les prérogatives de l’État-nation, l’encadrement et l’intégration de l’islam en France ne peut dépendre que de la capacité de l’État à se prémunir de multiples influences extérieures dont le Qatar n’est qu’une composante parmi tant d’autres…

Haoues Seniguer :
Compte tenu de la nature du régime et des réalités sociales du Qatar, marquées par un fort conservatisme religieux, les officiels ou mécènes de l’émirat ont clairement un faible pour un islam très orthodoxe et orthopraxe, à l’instar de celui promu et arboré par la nébuleuse des Frères musulmans dans le monde musulman sunnite, lesquels comptent également des adeptes ou des sympathisants français, à l’image du président du Collectif des Musulmans de France (CMF), « Nabil Ennasri », qui se présente aussi dans les médias en « spécialiste du Qatar ».
Ce n’est donc pas tout à fait un hasard, si ce dernier, en retour, du fait de sa très grande proximité spirituelle avec le mufti du Qatar, « Yûsuf al-Qaradhâwî », a les yeux de Chimène pour l’émirat et cultive à son sujet un discours plutôt hagiographique, en dénonçant, sans ménagement aucun, « le Qatar-bashing ».
 À une échelle un peu plus importante, « l’Union des Organisations Islamiques de France » (UOIF) a de très bonnes relations avec des personnalités du Qatar (donateurs) et bénéficierait, à cet égard, de quelques faveurs dans la construction de mosquées ou dans le financement de certains projets.

Propos recueillis par Benjamin Weil

http://www.atlantico.fr/  du 22/06/2013

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