LECTURE

A Lire : « Tuer » De « Richard Millet » !

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« Une oeuvre forte ! »

« Richard Millet » est de cette race de poètes, de forgerons qui tordent les souvenirs en fusion pour en dégager l’âme, ou l’esprit, ainsi que le bushi cherche, avec son katana, à couper le superflu, pour atteindre l’essence de l’être.
« Tuer » est une œuvre forte, une eau de vie, et ce n’est certes pas un hasard qu’elle se réfère à l’« Iliade », cette méditation originelle qui apprit aux Européens, de manière étrangement charnelle, loin des fioritures de la littérature, ce que c’était que de donner la mort et de la recevoir.

Toujours, le fil de l’existence a traversé cette dualité (mourir ou tuer) qui est le visage bifrons du guerrier, figure éternelle de l’Homme armé, dont le moine-soldat est l’occurrence la plus pure.

« Baudelaire » écrit, dans « Mon cœur mis à nu » :

« il n’existe que trois êtres respectables :
Le prêtre, le guerrier, le poète.
Savoir, tuer et créer ».

La parole offre l’ouverture à ces trois rituels de l’existence, bien que le geste de tuer un humain, esquisse de meurtre qu’imposa Dieu à Abraham, proche du sacrifice, implique, peut-être, plus le corps que l’esprit, dans cette plongée en soi et hors de soi qu’est la foi.
Mais il est vrai que l’esprit est bien proche du corps.

Nous sommes, évidemment, loin des beuveries mélancoliques des gens-du-paraître, qui hantent les réseaux commerciaux de la « littérature », vocable désormais déshonoré.
Écrire, dire, faire entendre le son d’une voix qui surgit du papier, offrir le sentiment d’un corps qui, comme celui de Jacob, se bat avec l’Ange, et en ressort blessé, mais suprêmement vivant, de cette vie qui est salut, c’est sans doute le destin qui est échu aux vrais chercheurs de « Graal », tels que les conçut notre Europe.

La vie porte la mort en elle, devant elle, et si la préoccupation éminemment religieuse et philosophique de l’homme, cet animal inquiet, porta longtemps sur cette dernière, il fallut attendre le christianisme pour qu’il s’interrogeât sur l’acte de la donner à l’homme, son prochain.
« Richard Millet », en catholique assumé, sans remords, met à notre portée, sans que nous en soyons peut-être aptes à en comprendre tous les arcanes, puisque l’expérience indicible de la guerre dépasse, en acte, le dire, cette « expérience intérieure » qu’« Ernst Jünger » nous avait dévoilée avec cette puissance métaphysique, mystique, qui est la sienne, et qui nous chavire dans une autre dimension, celle des êtres qui existent véritablement.

« Tuer » explicite « La Confession négative », récit d’une tension parfois insoutenable, telle celle qui accompagne la lecture de « Dostoïevski » ou de « Pascal », pour ceux qui savent lire et saisir la solitude essentielle de l’homme derrière et à travers le dire, cette condition cruciale de notre corps doté d’une âme, jeté dans la souffrance, le feu des passions, les horreurs et les joies, dont la guerre est l’analogie, récit qui m’est apparu comme une œuvre majeure, classique, qu’on lira dans cent ans, s’il reste encore une humanité pour la comprendre.

Claude Bourrinet

http://www.bvoltaire.fr/  du 27/09/2015

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